|
Mai 1997
Les protections de plants à effet de serre :
Amélioration DE LEUR EFFICACITE par aération optimisée et luminosité accrue
- Christian DUPRAZ
- Institut National de la Recherche Agronomique
- Laboratoire d’Ecophysiologie des Plantes (LEPSE)
- Centre de Recherches de Montpellier
- 34060 Montpellier
Résumé
L’aération des protections individuelles de plants à effet de serre est indispensable pour
approvisionner correctement l’arbre en dioxyde de carbone. Une aération trop importante
risque cependant de provoquer des transpirations excessives qui risquent de placer l’arbre
dans une situation de stress hydrique prononcé. On teste l’impact d’une solution
intermédiaire qui consiste à aérer l’abri par effet de cheminée thermique, avec un trou de
tirage situé à la base de l’abri. On croise cet effet avec deux niveaux de luminosité de l’abri.
Ce dispositif concerne 7 essences d’arbres, réparties sur 5 sites dispersés sur le territoire
français, et installées en 1992. Après trois saisons de croissance, il apparaît que l’aération
par effet cheminée permet d’améliorer de 36 % en moyenne la croissance en diamètre des
arbres protégés par rapport aux abris habituels. Des abris plus lumineux permettent de
mieux valoriser l’effet de l’aération. Cet effet favorable s’accentue au cours de la première
année qui suit l’émergence hors de l’abri.
Abstract
Ventilating treeshelters is a requisite to provide enough carbon dioxide to the protected
foliage. A strong ventilation may endanger the tree, as a result of abnormal high
transpiration rates. An intermediate option is to ventilate the shelter using a thermal
chimney effect, obtained with an air inlet at the bottom of the shelter. An experimental
network including 7 tree species in 5 sites scattered on the French territory was set up in
1992. Experimental treatments include 6 levels of ventilation crossed with two levels of light
transmission. After three growing seasons, a 36% increase in tree diameter growth in
chimney shelters is evidenced. More translucent shelters help the trees to take advantage
of the ventilation. This favourable impact is still running during the first year after
emergence on top of the shelter.
1. Introduction
Les protections individuelles à effet de serre utilisées pour protéger les jeunes plants
d’arbres contre l’abroutissement ou les frottis du gibier et des animaux d’élevage
freinent la croissance des arbres (Dupraz, 1997). L’accélération de la croissance en
hauteur, qui est indéniable au cours des années où le feuillage du plant est
totalement ou partiellement immergé dans l’abri, n’est pas durable. Le faible
développement des racines conduit à une phase de sevrage de l’abri, lorsque l’arbre
émerge, au cours de laquelle l’arbre est fragile, sensible au vent, et délicat à tailler
(Dupraz et al, 1993, Balandier et al, 1995).
Les expérimentations menées à l’Inra et au Cemagref depuis 1986 nous permettent
de proposer des améliorations des abris qui tiennent compte des exigences
physiologiques des jeunes plants d’arbres. Le point central de cette amélioration est
l’aération de l’abri, car nous avons montré que les arbres abrités sont asphyxiés par
manque de dioxyde de carbone, substrat essentiel de la photosynthèse (Bergez,
1993).
2. Comment aérer efficacement les abris-serres ?
Depuis une dizaine d’années, certains fabricants proposent des abris aérés par des
ouvertures réparties sur toute la longueur de l’abri. Nous avons étudié l’efficacité de
telles protections, en les comparants aux abris classiques. Il est alors apparu que les
arbres dans ces abris ventilés sont parfaitement approvisionnés en dioxyde de
carbone. Malheureusement, la forte aération, combinée avec le bilan énergétique du
manchon qui agit comme un capteur d’énergie solaire, conduit alors à soumettre
l’arbre à une demande évaporative supérieure à la normale. L’arbre transpire
fortement, et se trouve rapidement en situation de déficit hydrique : il ferme ses
stomates, qui restent fonctionnels dans les abris ventilés, ce qui bloque sa
photosynthèse. Cette situation est également observée avec des abris non ventilés,
mais soulevés (intentionnellement ou accidentellement) au-dessus du sol.
Nous avons montré expérimentalement que pour des arbres irrigués en permanence
(goutte à goutte), et qui ne connaissent jamais de difficulté d’approvisionnement en
eau, ces abris ventilés sont très efficaces (Dupraz et Sparrer, 1988).
Malheureusement, ces conditions sont exceptionnelles dans les situations réelles :
l’irrégularité des pluies, et surtout la compétition des adventices, placent
systématiquement les jeunes arbres en situation de pénurie hydrique temporaire dans
les reboisements.
Nous proposons donc une autre solution pour l’aération des abris -serres : l’effet
cheminée.
Vers une aération couplée au rayonnement : l’effet cheminée...sans feu
Dans un abri, la colonne d’air s’échauffe par conduction contre la paroi et les tissus
végétaux. Ceux-ci s’échauffent par absorption des rayonnements de grande longueur
d’onde qui sont piégés dans l’abri (effet de serre). Cet échauffement est très rapide
dès que le soleil éclaire l’abri. La colonne d’air est plus chaude à la base, donc
instable. Dans un abri étanche et buté, des bulles chaudes turbulentes s’échappent
régulièrement, et permettent en échange l’entrée d’air frais. Mais ces échanges sont
très peu actifs, et sont freinés par la présence du feuillage de l’arbre. Nous avons
mesuré le coefficient de renouvellement de l’air dans ces abris étanches : il est
inférieur à 20 h-1 (l’air est renouvelé moins de 20 fois par heure), ce qui est très
insuffisant pour approvisionner l’arbre en CO2 (Bergez, 1993).
Si on pratique une ouverture à la base de l’abri, la colonne d’air chaud et humide va
s’élever, et de l’air frais, sec et riche en CO 2 va pénétrer dans l’abri. Pour que le
mouvement se maintienne et que le renouvellement soit régulier, il faut que
l’ouverture ait une dimension précise, que l’on peut calculer avec les expressions de
thermodynamique des gaz. Nous avons calculé ces ouvertures pour obtenir une
vitesse moyenne de montée de l’air de 2 cm/s pour un rayonnement incident direct
compris entre 1000 et 1500 µmoles de photon/m²/s (bon ensoleillement de
printemps). On obtient alors des taux de renouvellement compris entre 70 et 100, qui
permettent de maintenir l’air à des teneurs en CO2 supérieures à 300 ppm. Le tirage
est peu sensible au frein aérodynamique que constitue le feuillage, car l’écoulement
est forcé et laminaire, ce qui n’était pas le cas dans les abris étanches classiques
(écoulements turbulents en vortex, très freinés par le feuillage). Par contre, si
l’ouverture est trop importante, comme pour un abri soulevé, l’effet cheminée
disparaît.
Nous avons pu montrer que cet effet de tirage thermique est très efficace. Dans une
cheminée, l’extraction de l’air résulte de l’énergie dégagée par la combustion qui
échauffe l’air. Ici, nous n’avons pas d’énergie dégagée dans l’abri, au contraire : la
transpiration de l’arbre consomme de l’énergie. Un atout essentiel de ce dispositif est
que les feuilles de la base de l’arbre, qui sont dans le flux d’air frais et sec venu de
l’extérieur, transpirent et humidifient l’air ascendant : ainsi les feuilles situées plus
haut sont-elles soumises à un déficit de tension de vapeur atténué, ce qui réduit leur
transpiration. Par cet effet, l’arbre économise de l’eau sans avoir à mettre en jeu la
régulation stomatique. De plus, l’effet de tirage est d’autant plus fort que le soleil brille
plus fort. Il y a un couplage entre la ventilation de l’abri et les besoins de l’arbre.
Lorsque le rayonnement est faible, il n’y a pas de tirage, et l’arbre est protégé (en cas
de vents secs par exemple).
Un abri aéré par de nombreuses ouvertures ne présente aucun de ces avantages : il
soumet en permanence l’arbre à une forte demande évaporative.
Les essais de colorations variées des abris n’ont jamais donné de résultats : les
arbres semblent indifférents à la luminosité et à la couleur des abris (Potter, 1987,
Dupraz et Sparrer, 1988). Ce résultat se comprend mieux si l’on tient compte du fait
que c’est le CO2 qui est le principal facteur limitant de la croissance dans les abris.
Une fois ce facteur limitant levé, les arbres devraient pouvoir tirer profit d’une
meilleure luminosité. Dans nos essais récents, nous avons donc croisé l’aération des
abris avec deux niveaux de luminosité.
3. Impact du tirage sur la croissance des arbres
Nous avons mis en place en 1992 un réseau d’essais destinés à évaluer l’impact d’abris
aérés par tirage sur la croissance des arbres. Il est facile de comparer les croissances
d’arbres témoins et d’arbres abrités. Il est plus délicat de comparer différents modèles
d’abris entre eux (Dupraz, 1988). Aucun essai publié à ce jour n’a réussi à mettre en
évidence des écarts de croissance significatifs pour des arbres protégés par différents
types d’abris -serres. Il faut en fait prendre de nombreuses précautions statistiques, car les
coefficients de variation inter arbres sont souvent très élevés.
Nous avons donc mis en place des essais statistiquement puissants, avec 30 répétitions au
minimum (essais mono-arbre). Ces essais consistaient en dispositifs croisés complets
portant sur les caractéristiques suivantes des abris :
- leur aération, avec 5 modalités :
étanche complet
étanche avec 4 petits trous
nécessaires pour fixer les attaches de maintien sur le tuteur, aéré par tirage (avec 3
dimensions croissantes de l’entrée d’air) et aéré par de nombreuses ouvertures
réparties sur toute la longueur de l’abri. Pour les abris à tirage, les diamètres de
l’orifice de tirage étaient les suivants : 32 (modalité tirage faible), 45 (modalité tirage
moyen) et 64 (modalité tirage fort) mm pour les abris de 120 cm, 27, 38 et 54 mm
pour les abris de 180 cm et 21, 30 et 42 mm pour les abris de 250 cm. Plus l’abri est
haut, plus le tirage est puissant, et donc moins l’orifice de tirage doit être grand.
Seule la modalité moyenne est présente dans tous les essais (Tableau 1). Nous avons
comparé des abris totalement étanches et les abris standards du commerce, qui sont
percés de petits trous pour la mise en place des attaches, et parfois d ’une ligne
pointillée pour permettre l ’ouverture facile de l’abri lorsque le tronc le remplit. Nous
réservons par convention le terme de ventilé aux abris aérés par de nombreuses
ouvertures réparties tout le long de l’abri.
- leur luminosité, avec 2 modalités : classique, de couleur saumon, considérée comme
sombre d’une part, et sans colorant dans le plastique, nettement plus lumineuse,
d’aspect visuel blanc d ’autre part.
- leur hauteur, avec 2 modalités : 120 cm d’une part, et d’autre part 180 ou 250 cm
selon les essences afin de prolonger la durée de croissance des arbres dans les abris
pour accentuer et bien caractériser leur impact.
En y ajoutant les témoins sans abri, et parfois un second témoin avec un filet de type
Samex, cela représente un total de 22 modalités, soit, pour 30 répétitions, des dispositifs
de 660 arbres environ.
5 dispositifs concernant 7 essences d’arbre ont été mis en place au printemps 1992. Tous
les essais ont été mis en place avec des abris de marque Tubex, à la suite d’un accord de
recherche avec ce fabriquant. Les résultats obtenus sont cependant tout à fait
transposables aux autres marques, les mécanismes de la croissance des plants dans les
protections à effet de serre étant les mêmes dans toutes les protections, quelle que soit
leur marque.
Tableau 1 : Réseau d’essais installés en 1992 et destinés à évaluer les abris aérés
par tirage thermique
| Site | Département | Climat | Essences d'arbres | Modalités de tirage expérimentées |
| Castries | Hérault | Méditerranéen | Juglans nigra x regia ,Pinus pinea | f, mf, m |
| Notre-Dame | Hérault | Méditerranéen | Prunus avium, Juglans regia | f, m, F* f, m, F* |
| Montoldre | Allier | Tempéré froid | Prunus avium, Juglans regia | f, m f, m |
| Coufouleux | Tarn | Tempéré doux | Acer pseudoplatanus, Quercus rubra | m m |
| Compiègne | Oise | Tempéré | Quercus robur | m |
Modalités de tirage : f (faible), m (moyen), F (Fort). Voir le texte pour les dimensions des orifices de tirage en fonction de la hauteur des abris.
* A Notre-Dame, la modalité forte de tirage n ’était présente que sur les abris sombres.
L’essai de Compiègne a dû être abandonné : les chênes ont eu des croissances quasi
nulles, qu’ils aient un abri ou pas. Tous les autres essais ont donné des résultats
interprétables.
L’année de mise en place des essais (1992) a été relativement atypique du point de vue
pluviométrique, avec des pluies de printemps et d’été abondantes sur la plupart de nos
essais. La contrainte hydrique qui avait été bien mise en évidence lors de précédentes
expériences (Dupraz et Sparrer, 1988, Bergez, 1993) pour des arbres dans des abris
ventilés par de nombreuses ouvertures ne s’est donc pas manifestée explicitement.
Photo 1 : Dispositif expérimental de Notre-Dame de Londres (Hérault) sur merisier :
comparaison de différentes modalités d’abris-serres modifiés en luminosité et
aération sur la croissance des arbres
Le critère utilisé pour évaluer les résultats est la croissance en diamètre des arbres, car
nous avons montré que c’est cet effet des abris qui est durable et négatif (Dupraz, 1997).
L’aération permise par les trous d ’attaches n’a pas eu d’effet significatif : elle est trop faible.
Il apparaît que ce sont les abris clairs très aérés (à tirage ou ventilés) qui obtiennent les
meilleurs résultats. On obtient grâce à l’aération pour la première fois des noyers abrités
avec une biomasse supérieure aux arbres témoins. Comme le tirage fort était présent dans
peu d’essais, nous présentons les résultats du tirage moyen dans cette synthèse
(Tableau 2).
Tableau 2 : Gains sur la croissance cumulée en diamètre obtenue avec les abris
clairs aérés par rapport aux abris classiques (sombres et étanches)
| Essence | Site | Hauteur des abris (cm) | Année moyenne d’émergence | Gain en % sur la croissance en diamètre par rapport à l’abri classique |
| Tirage moyen | Ventilation |
| Pins pignons | Castries | 120 | 3 | 33 | 45 |
| Noyers hybrides | Castries | 120 | 1 | 41 | 33 |
| Noyers hybrides | Castries | 250 | 2 * | 20 | 42 |
| Erables sycomores | Coufouleux nord | 180 | 2 | 46 | 33 |
| Chênes rouges | Coufouleux sud | 180 | (3) | 42 | 66 |
| Noyers communs | Notre-Dame | 120 | (3) | 59 | 47 |
| Merisiers | Notre-Dame | 120 | 1 | 16 | 20 |
| Merisiers | Notre-Dame | 250 | 2 | 23 | 47 |
| Noyers communs | Montoldre | 120 | 1 | 59 | 26 |
| Merisiers | Montoldre | 180 | 2 | 12 | 17 |
| Merisiers | Montoldre | 250 | 2 | 49 | 47 |
* Comparaison avec l’abri sombre à tirage faible, car avec l’abri étanche, le gain est de 315 % et 390 % respectivement
Un âge d ’émergence entre parenthèses signifie que l’émergence n’est pas encore acquise pour une majorité d’arbres.
La base de comparaison est l’abri standard sombre avec trous d’attaches. Lorsque nous ne disposions que d’abris étanches sans trous
d’attaches, nous les avons utilisés comme référence.
Les croissances sont mesurées à la fin de l’année pendant laquelle les arbres émergent majoritairement.
Il apparaît sur une large gamme d’essences que l’aération par effet cheminée (avec un
orifice de tirage moyen) permet, dans les abris clairs, un gain de l’ordre de 36% sur la
croissance en diamètre des arbres par rapport à la croissance dans des abris traditionnels
sombres et étanches. Dans les conditions de pluviométrie printanière et estivale abondante
observée en 1992, cette amélioration est comparable à celle (38%) obtenue avec des abris
ventilés par de nombreuses aérations. Les résultats obtenus précédemment avec des abris
ventilés en conditions hydriques limitantes permettent de penser que les résultats auraient
été moins favorables aux abris ventilés si le printemps et l’été 1992 avaient été plus secs.
Dans les abris sombres, le tirage fort présent dans un seul essai ne produit pas d’effets
plus intéressants que le tirage moyen. Malheureusement, aucun essai ne comportait de
modalité de tirage fort avec un abri lumineux. L’hypothèse que dans les abris clairs un
tirage plus fort eût pu conduire à des croissances encore meilleures reste donc à tester.
Le gain relatif est plus élevé lorsque les arbres mettent plusieurs saisons de croissance à
émerger (Tableau 3).
Tableau 3 : Efficacité des abris aérés clairs en fonction de la durée de la croissance
immergée
| Délai d’émergence | Tirage moyen | Ventilation |
| 1 an | 19 | 23 |
| 2 ans | 39 | 39 |
| 3 ans | 41 | 62 |
% de gain par rapport aux abris classiques sur les croissances cumulées en diamètre
Lorsque les arbres mettent 3 saisons pour émerger des abris, la ventilation par de
nombreuses ouvertures semble plus avantageuse. Ceci indique que le tirage moyen, qui
était la modalité présente dans tous les essais, n’était probablement pas suffisant, et qu’un
orifice de tirage plus grand eût pu être plus favorable.



EC : étanche (standard) clair
ES : étanche (standard) sombre
TC : tirage clair
TS : tirage sombre
VC : ventilé clair
VD : ventilé sombre
Témoin : arbres sans abris
Diamètres à la base
D0 : à la plantation
D1 : après une saison
D2 : après deux saisons
D3 : après trois saisons
Les diamètres indicés par des lettres différentes sont statistiquement différents pour un risque de première espèce de 5 %
Figure 1 : Croissance en diamètre d ’arbres protégés par des abris de 120 cm
modifiés : chênes rouges à Coufouleux (Tarn), noyers communs à Montoldre (Allier),
pins pignons à Castries (Hérault)

Les abris sombres ne bénéficient guère de l’effet bénéfique de la ventilation (Les diamètres
indicés par des lettres différentes sont statistiquement différents pour un risque de première
espèce de 5 %
Figure 1). Dans le cas des noyers à Montoldre (voir Les diamètres indicés par des lettres différentes
sont statistiquement différents pour un risque de première espèce de 5 %
Figure 1
, en haut à droite) les arbres dans les abris à tirage dépassent les arbres témoins pour la
croissance en diamètre, ce qui n’avait jamais été observé auparavant dans aucun essai
publié d’abris-serres.
L’effet de la luminosité est illustré par les courbes en dents de scie de la Les diamètres
indicés par des lettres différentes sont statistiquement différents pour un risque de première
espèce de 5 %
Figure 1
. Dans les abris sombres, les croissances en diamètre sont systématiquement plus faibles
que dans les abris clairs, et l’écart est de plus en plus fort lorsque les abris sont aérés.
Le rafraîchissement permis par le tirage est de l’ordre de 5°c, ce qui apporte un confort réel
à l’arbre. Nous avons comparé différentes configurations de l’orifice d’appel d’air ayant une
section totale identique : une ouverture circulaire unique, de multiples ouvertures circulaires
plus petites, et des fentes. Toutes les configurations sont efficaces, ce qui peut se vérifier
par le rafraîchissement qu’elles induisent dans l’abri vide (Figure 2). Avec un arbre dans
l’abri, le rafraîchissement serait encore plus marqué, grâce à l’évacuation de chaleur
latente due à la transpiration.
Les températures sont mesurées à 80 cm de hauteur dans les abris
Les prises d’air comparées sont les suivantes : une ouverture unique circulaire de 3.7 cm de diamètre, 7 ouvertures circulaires de 1.4 cm de
diamètre, et 7 fentes de 10 x 0.4 cm.
Figure 2 : Rafraîchissement de l’air obtenu avec 3 formes différentes de prise d’air à
la base d ’abris de 180 cm.
Il est donc possible de fabriquer des abris efficaces avec de petites ouvertures à la base,
ce qui pourrait éviter la pénétration des rongeurs dans l’abri. Pour un abri de 120 cm,
l’ouverture de 32 cm² (diamètre de 6.4 cm) peut être remplacée par 8 petites ouvertures de
2.2 cm de diamètre, ou par 8 fentes de 10 x 0.4 cm. Il devrait être possible de trouver un
compromis sur la taille des ouvertures qui permette aux petits oiseaux (et en particulier les
rouges-queues) parfois prisonniers au fond des tubes de s’en échapper.
1. L’amélioration obtenue est-elle durable ?
Les résultats obtenus confirment l’efficacité des abris aérés et clairs sur la croissance
de l’arbre immergé dans l’abri. Mais cette amélioration aura-t-elle des conséquences
bénéfiques à plus long terme pour l’arbre?
Pour des essences qui ont mis relativement longtemps à émerger de l’abri, il apparaît
que l’amélioration de croissance obtenue pendant la phase immergée se maintient ou
même s’accentue pendant les années ultérieures.
Ainsi, pour des chênes rouges émergés, la croissance en diamètre a continué à
bénéficier de l’effet des abris à tirage clair (Figure 3). Cela peut paraître surprenant
car les arbres n’avaient plus de feuillage dans l’abri. Il s’agit donc bien d’un effet
hérité de la période de croissance dans l’abri, et cet effet est très net pour des arbres
qui ont passé deux saisons complètes de croissance dans les abris.

Ces résultats sont différents de ceux de la figure 1, car ici seuls les arbres émergés sont pris en compte. Dans la figure 1, les résultats
concernent l’ensemble des arbres, dont certains sont encore immergés dans les abris
Les croissances indicées par des lettres différentes sont statistiquement différentes pour un risque de première espèce de 5 %
Figure 3 : Influence des abris de 120 cm améliorés sur la croissance post émergence
en 3ème année pour des chênes rouges et des érables sycomores
(site de Coufouleux, Tarn)
Le même effet a été observé sur des noyers communs dans le centre de la France
(Figure 4). Après l’émergence, ce sont les arbres qui bénéficiaient des abris à tirage
qui présentent les meilleures croissances en diamètre. Le ralentissement général de
croissance en diamètre par rapport à l’année précédente est due à un effet année,
avec un été très sec pour cette première année après émergence.

Figure 4 : Influence des abris de 120 cm améliorés sur la croissance au cours
des deux premières années (arbres immergés) puis de la troisième année
(arbres émergés) pour des noyers communs (site de Montoldre, Allier)
Pour des pins pignons (Figure 5), on note en plus un effet positif sur la croissance en
hauteur, qui témoigne du meilleur équilibre des arbres dans les abris aérés clairs.
Pour les diamètres la tendance antérieure favorable aux abris aérés et clairs
s’accentue. Pour des arbres qui ont passé plusieurs saisons de croissance dans les
abris, l’effet n’est donc pas fugace, comme il l’a été pour des arbres qui ont émergé
très rapidement des abris dès la première année (comme dans le cas de merisiers
protégés par des abris de 120 cm). Ceci renforce l ’intérêt des nouvelles protections.
 
Figure 5 : Influence d’abris de 120 cm améliorés sur la croissance post émergence
en 4ème année en hauteur et en diamètre pour des pins pignons
(site de Castries, Hérault)
Dans le cas des pins pignons, on notera cependant le gros retard de croissance en
diamètre de tous les arbres abrités par rapport aux témoins : pour les résineux, la
pénalisation due à la suppression des branches latérales par le manchon reste forte,
même si les croissances sont améliorées par les abris aérés. La comparaison
objective ne pourra intervenir qu’à l’issue de la phase d’élagage sur la hauteur du
manchon, car cet élagage va pénaliser essentiellement les arbres témoins, ce qui
souligne que la protection est un élément d’un itinéraire technique qui doit être évalué
globalement.
Grâce à cette amélioration de croissance en diamètre, les arbres devraient mieux
résister aux sollicitations du vent lorsqu’ils développent leur feuillage au-dessus de
l’abri. Ce n’est pas tant une augmentation de la croissance finale qui est visée, mais
bien une sécurité lors du sevrage de l’arbre à sa sortie de l’abri.
EC : étanche (standard) clair
ES : étanche (standard) sombre
TC : tirage clair
TS : tirage sombre
VC : ventilé clair
VD : ventilé sombre
Témoin : arbres sans abris
Les valeurs indicées par la même lettre ne sont pas
statistiquement différentes pour un risque de première
espèce de 5%
2. Conclusion
Même si les utilisateurs n’en étaient pas toujours conscients, un ralentissement de la
croissance et une fragilisation de l’arbre étaient jusqu’à présent le prix à payer pour une
protection des arbres contre les animaux par les abris-serres. Avec la nouvelle génération
d’abris -serres aérés par effet cheminée, le sylviculteur peut allier protection efficace contre
les dégâts d’abroutissement et de frottis, et croissance améliorée des arbres (Photo 2).
Nos résultats devraient désormais être précisés sur deux points :
l dans les conditions pluviométriques humides de l’année de mise en place de ces
essais, les abris ventilés par de nombreuses perforations ont obtenu des résultats
équivalents aux abris à tirage thermique à tirage moyen. Une expérimentation en
conditions hydriques plus limitantes serait utile pour tester si, en situation plus sèche,
l’économie de l’eau permise par le tirage (Bergez, 1993), en comparaison des abris
ventilés, peut induire de meilleures croissances;
l nos essais ne comportaient pas de modalité tirage fort dans des abris clairs. Nous
n’avions pas su prévoir nos résultats... qui indiquent que l’aération est très favorable
surtout dans des abris lumineux. Il n’est donc pas possible de conclure ici sur la
dimension optimale de l’orifice de tirage pour des abris lumineux. La tendance
observée sur des abris lumineux à tirage faible ou moyen permet d’émettre
l’hypothèse qu’un tirage fort aurait permis de faire au moins jeu égal avec les abris
ventilés (Tableau 4).
Tableau 4 : Croissances en diamètre avant émergence (en dixièmes de mm) pour des
arbres dans des abris clairs aérés de 120 cm.
| Montoldre, merisier | Montoldre, noyer | Notre-Dame, merisier |
| Age d’émergence | 1 | 2 | 1
| Tirage Faible | 71 | 135 | 50
| Tirage moyen | 91 | 135 | 56
| Tirage Fort | ? | ? | ? |
| Ventilé | 95 | 107 | 62 |
| | |
Les abris ainsi obtenus marquent un progrès par rapport aux modèles disponibles
auparavant. Ils ne sont cependant pas parfaits. En effet, si la photosynthèse est nettement
améliorée, et avec elle la biomasse des arbres protégés, le ratio aérien/souterrain n ’est pas
complètement corrigé : la part des racines dans la biomasse totale de l’arbre reste
inférieure à la normale au moment de l’émergence.
Pour la stabilité de l’arbre, c’est surtout la force de la tige qui compte, et les nouveaux abris,
en améliorant nettement la croissance en diamètre, devraient contribuer à une meilleure
stabilité des arbres abrités. Un gain de 40% en diamètre comme nous l’avons observé dans
6 de nos essais correspond à un doublement de la section de la tige.
Avec une tige forte et un houppier bien développé, on peut penser que le système
souterrain se remettra plus rapidement en équilibre avec le système aérien, et que l’on
obtiendra in fine des arbres solides et autonomes. Cela semble déjà le cas, mais nous
allons continuer à suivre attentivement les expérimentations en cours pour vérifier cette
hypothèse.
Avec les nouveaux abris aérés par tirage thermique, il devient possible de concilier
protection et croissance. Cela devrait en particulier permettre d’employer des abris assez
hauts (210 ou 240 cm) pour protéger les arbres contre les bovins ou les grands cervidés,
ce qui était très délicat jusqu’à présent. Mais il faudra attendre encore quelques années
pour être sûrs que nos essais avec de grands abris confirment les résultats obtenus avec
de petits abris.
Un film vidéo sur l’agroforesterie illustre également les difficultés de l’utilisation des abris serres,
notamment pour des plantations pâturées, et présente les améliorations permises
par les nouveaux abris aérés par tirage (Dupraz et Bézineau, 1995).
Soulignons enfin que l’intérêt essentiel des abris est la protection qu’ils offrent aux arbres.
Entre un arbre mort ou irrécupérable (abrouti ou frotté) et un arbre en bon état, même s’il
est freiné dans son développement, il n’y a pas à hésiter. C’est d’autant plus important que
les sylvicultures actuelles adoptent des densités de plantation faibles, que ce soit en
foresterie (Guitton et Ginisty, 1994) ou en agroforesterie (Dupraz et Newman, 1997), et qu’il
est donc nécessaire d’éviter des taux élevés d’échec à l’implantation des arbres.

Photo 2 : Protection efficace contre les herbivores et croissance améliorée en
diamètre permettent d’obtenir un arbre intact et équilibré à l’émergence hors de l’abri
(ici un tulipier de virginie de 3 ans).
Remerciements :
Ces recherches ont été effectuées en partenariat avec la société Tubex, qui est propriétaire
du brevet sur l’aération des abris -serres par tirage thermique (Dupraz et Bergez, 1992), et
qui commercialise désormais des abris conçus en tenant compte de nos résultats (Tubex
Equilibre). Nous remercions également l’ANVAR, l’ANRT, la DRAF de la région Auvergne
et la Communauté Européenne (pour un financement au titre du FEOGA, objectif 5b du
Massif Central) pour leur appui financier lors de la réalisation de ces travaux. Le réseau
expérimental de validation du brevet a été mis en place avec l’appui de l’Office National des
Forêts, des Centres Régionaux de la Propriété Forestière du Languedoc-Roussillon et de
Midi-Pyrénées, de la DDAF de l’Hérault et de la division Forêt et Agroforesterie du
Cemagref, à Riom. Le suivi des essais de longue durée est l’œuvre des techniciens de
l’Inra de Montpellier, et en particulier de Myriam Dauzat et Benoît Suard.
Bibliographie
- Balandier (P.), Guitton (J.L.), Rapey (H.) - Amélioration des tubes-abris protégeant les
jeunes arbres contre les animaux. Ingéniéries EAT , n°4, 1995, 41-48.
- Bergez (J.E.). - Influence de protections individuelles à effet de serre sur la croissance de
jeunes arbres. - Thèse de doctorat, Université Montpellier II, 1993, 159 pages + Annexes.
- Dupraz (C.). - Quelques suggestions pour mettre en place des expérimentations avec
des abris-serres.- Forêt-Entreprise, vol. 55, octobre-novembre 1988, pp. 45-50.
- Dupraz (C.). - Les protections de plants à effet de serre : ce qu’en pensent les arbres.
Revue Forestière Française, 1997, .
- Dupraz (C.), Bergez (J.E.). - Amélioration de protections individuelles d'arbres à effet de
serre. - Rapport de fin de contrat de recherche INRA-ESB n°9737B, février 1992, Inra-Lecsa Montpellier, 16 pages, 50 figures. Brevet n° EP 0 558 356 A1.
- Dupraz (C.), Bézineau (B.). L’arbre et le blé, vers de nouvelles agroforesteries
tempérées. - Film TV, 26 mn, 1995, coproduction Agropolis/Ministère de l’Agriculture/Télé
Promotion rurale, Montpellier (cassette VHS disponible à Agropolis, 34394 Montpellier
Cedex 5).
- Dupraz (C.), Guitton (J.L.), Rapey (H.), Bergez (J.E.), De Montard (F.X.). - Broad-leaved
Tree Plantations On Pastures : The Treeshelter Issue. - Proceedings of the 4th
International Symposium on Windbreaks and Agroforestry, Viborg, Denmark, 1993, pp.
106-111.
- Dupraz (C.), Newman (S.). - Temperate agroforestry : the European Way. - In : A. Gordon
and S. Newman (eds.) : Temperate agroforestry Systems, 1997, CAB International,
Wallingford, pp 181-236.
- Dupraz (C.), Sparrer (P.). - Influence d'abris-serres sur la croissance de merisiers et de
noyers cultivés en conteneurs. - Doc. Int., 1988, Inra-Lecsa, 29p.
- Guitton (J.L.), Ginisty (C.). - Les plantations à grand espacement. - Informations
Techniques du Cemagref, 1993, vol. 90, note 1, 10 p.
- Potter (M.J.). - Advances in tree shelter research and design. - In P. Savill ed., National
Hardwoods programme, 1987, OFI Occasional papers 34.
|